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samedi 19 mars 2011

Profil des pays - Révoltes dans le monde arabe

Le choix de la rédaction

mercredi 2 mars 2011

02/03/11 - Marine Le Pen, les Arabes et la mer

Aujourd'hui, 09h27

LePoint.fr

Par Hervé Gattegno

Vous réagissez à une phrase de Marine Le Pen, qui a proposé hier (sur RTL) que l'on repousse dans les eaux internationales les migrants venus d'Afrique du Nord et qui veulent entrer en Europe. Pour vous, cette proposition est révoltante - et le silence de la classe politique indigne.

Il faut peut-être mettre ce silence sur le compte de la sidération. Si l'on entend bien Marine Le Pen, il faut repousser en haute mer des personnes qui fuient leur pays, principalement la Tunisie et la Libye. Il faut les bloquer militairement - elle l'a précisé - et Marine Le Pen justifie cette position par la nécessité de ne pas creuser davantage nos déficits sociaux par ce qu'elle appelle "une vague d'immigration supplémentaire". C'est la traduction directe, premier degré, d'un slogan que même son père n'a jamais osé prononcer à voix haute : "Les Arabes à la mer !" Voilà, on en est là. Ce sont les mots d'une candidate à l'élection présidentielle qui approche 20 % dans les sondages. Et aucun responsable politique ne s'insurge. Les bras m'en tombent.

Peut-être que les responsables politiques se disent que Marine Le Pen leur tend un piège et qu'il vaut mieux l'ignorer ?

Si c'est l'explication, c'est grave. Parce qu'il me semble qu'en ce moment, on lance de "grands débats" pour moins que ça. Là, il ne s'agit pas de débattre, mais de dénoncer. De dire qu'il y a des choses qui ne sont pas acceptables - ou alors c'est qu'on les accepte. Personne ne peut imaginer qu'on enverrait à la noyade tous ces gens qui fuient des pays où règnent le chaos et la violence après la dictature. Personne, et Marine Le Pen le sait. Ce qu'elle cherche en le disant, c'est à provoquer une situation où elle serait seule contre tous, sur le thème de la défense des pauvres Français accablés de dettes à cause des méchants immigrés. Eh bien, je crois que sur ce point, et pour une fois, il faut lui donner raison. Et montrer qu'elle est, en effet, seule contre tous. Seule à proposer des solutions barbares à des problèmes qu'elle fait tout pour rendre effrayants.

Mais est-ce que beaucoup de Français ne s'inquiètent pas de la situation au Maghreb et de l'afflux d'immigrés qu'elle pourrait provoquer ? Nicolas Sarkozy aussi en a parlé, dimanche soir.

C'est vrai, mais il l'a fait en promettant de "protéger" la France, tout en disant aux Français de ne pas avoir peur. C'était assez contradictoire. La vérité, c'est que l'UMP veut montrer aux électeurs tentés par le FN qu'elle se préoccupe aussi de ces questions. Le problème, c'est qu'elle n'avance pas de propositions - et que la gauche n'en parle pas, sauf pour dénoncer l'attitude de la droite. L'exemple du pseudo-débat sur l'islam est typique : ce qui compte, ce n'est pas la réponse, mais la question. On postule que la religion musulmane serait un problème en France, alors qu'en réalité seul l'intégrisme pose des problèmes, et dans toutes les religions. Mais on le fait pour des raisons purement électorales, et surtout en le faisant, on légitime une vision qui relève du racisme. De la part de Nicolas Sarkozy, c'est une posture d'apprenti sorcier.

Après les appels à la vigilance d'Alain Juppé et de François Fillon, l'UMP a l'air de faire marche arrière...

Tant mieux, mais dans une certaine mesure, le mal est fait. C'est ce que Jean-Marie Le Pen appelait avec vanité la "lepénisation des esprits". Aujourd'hui, nous sommes dans la "marinisation" du débat. Alors Nicolas Sarkozy et l'UMP font du rétropédalage, mais toute leur attitude des dernières semaines donne l'impression que nos dirigeants politiques observent les révolutions arabes comme une menace, et non d'abord comme un formidable progrès. Ah, le monde était si tranquille quand régnaient les dictateurs...


Écoutez :


La révolution arabe n'a pas encore eu lieu

LEMONDE.FR | 02.03.11 | 09h12 • Mis à jour le 02.03.11 | 11h29

Lorsque nous habitions au Caire en 2008, mon compagnon était sans cesse harcelé dans la rue. Egyptien gracile d'une vingtaine d'année, tout dans son maintien et son dialecte trahissait l'orientation sexuelle et le fait qu'il était né et avait vécu en Arabie saoudite. Masri mughtareb, Egyptien de l'étranger : cette condition enviable – les membres de la diaspora étant plus aisés que les autres Egyptiens – le désignait aux pressions des commerçants et aux intimidations des chauffeurs de taxi. Qu'il ouvre la bouche, et les prix s'envolaient ; qu'il proteste, et les menaces pleuvaient. A une ou deux reprises, il avait échappé aux coups grâce à sa voix perçante (je le surnommais bouri, klaxon) et à son vaste répertoire d'insultes, égyptiennes et saoudiennes. Jour après jour, il rentrait épuisé et tendu à la maison. Hochant la tête, il murmurait : "L'Egypte est une jungle : les lions mangent les agneaux, et il faut être renard pour y survivre."

Trois ans plus tard, l'hostilité et la violence qui divisaient les Egyptiens se sont retournées contre le régime et ont fait fuir Hosni Moubarak, parvenu au pouvoir en 1981. Occupant Midan el-Tahrir (place de la Libération) pendant plus de deux semaines, les Egyptiens ont résisté à la police et à ses auxiliaires, les fameux baltagueya, briseurs de révolution à la solde du pouvoir. La "République de Tahrir" est devenue un havre de solidarité et d'entraide entre hommes et femmes, jeunes et vieux, musulmans, chrétiens et athées. Disparu, le harcèlement sexuel. Envolée, la haine interconfessionnelle. Oubliés, l'incivisme et la négligence. Les chrétiens protègent les musulmans, les musulmans pleurent les martyrs chrétiens. La guerre de tous contre tous n'est plus : à sa place, une vaste révolte, opiniâtre et admirable, a tenu tête à la brutalité policière.

La situation était intenable en 2008 ; en 2011 elle a empiré. Anarchie institutionnelle, corruption, exploitation économique, répression : les raisons de se révolter ne manquaient pas. Les possibilités de le faire étaient plus rares. Les partis d'opposition réelle sont bannis depuis 1952 ; l'état d'urgence, en vigueur depuis 1967, interdit manifestations et grèves. La fuite de Ben Ali a montré la voie : de même qu'en Europe de l'Est en 1989, la chute d'un mur a entrainé la dislocation de tous les autres. Moubarak est tombé ; Libyens, Bahreïnis et Yéménites sont dans la rue ; même les Syriens et les Saoudiens, pourtant durement réprimés, relèvent la tête. Alors que les légions américaines commencent à se retirer du Moyen-Orient, le changement qu'elles étaient censées favoriser se produit enfin, mais pas à la pointe des baïonnettes. Ce sont l'exaspération et la dignité, la colère et le respect de soi qui parlent.

Quelques leçons peuvent être tirées des événements récents. Premièrement, la révolution arabe n'a pas encore eu lieu : en Tunisie et en Egypte, les mêmes têtes – hormis Ben Ali et Moubarak – sont toujours aux commandes du pays. La révolte de 2011, pour l'instant, c'est un peu la fuite à Varennes sans la prise de la Bastille ni l'abolition des privilèges : le président est parti, mais de nombreux prisonniers politiques sont encore à l'ombre et une législation d'exception continue de protéger les puissants. En Egypte, l'armée, qui a fourni à la République tous ses présidents, de Naguib à Moubarak, tient le pays ; la page de la révolution militaire de 1952 n'est toujours pas tournée.

Deuxièmement, les révoltes arabes ne sont pas la révolution iranienne. Il est vrai que les islamistes jouent un rôle important dans les mobilisations égyptienne et bahreïnie. Mais ni les Frères musulmans ni les partis chiites n'ont organisé les journées de 2011 : ils se contentent de soutenir une mobilisation qui les dépasse. Et contrairement à Khomeiny, ils ne parviendront pas à monopoliser le pouvoir : si le clergé iranien était un pilier de l'Etat, les Frères étaient bannis de la scène politique égyptienne, et les chiites de Bahreïn sont durement marginalisés. Si la révolte arabe peut être comparée à la révolution iranienne, c'est parce qu'ici et là, le soulèvement populaire a fourni à une partie de l'Etat (le clergé en Iran, l'armée en Egypte, le prince héritier à Bahreïn) l'occasion de rebattre les cartes du pouvoir.

Troisièmement, la révolte arabe témoigne de changements politiques telluriques. En l'absence de partis crédibles, les mosquées ont longtemps été d'importants lieux de contestation. Mais le religieux a lui aussi été victime de la répression. Militants emprisonnés, mosquées sous surveillance, religion devenue objet de grande consommation : tout a concouru, pendant les dix dernières années, à la dépolitisation de l'islam politique lui-même. En même temps, la révolution technologique a fourni des armes nouvelles à la contestation. Pour s'organiser dans un Etat policier, on peut compter sur ses réseaux familiaux ; mais mieux vaut utiliser internet. La toile a permis de démultiplier la protestation, d'échanger des tuyaux et de bénéficier de la mobilisation de millions d'internautes. Mais qualifier la révolte arabe de "révolution Facebook" reviendrait à confondre l'instrument et l'objectif, les moyens et les fins. La révolte de 2011 est, tout simplement, démocratique : Tunisiens et Egyptiens sont descendus dans la rue pour rappeler aux puissants qu'ils étaient plus puissants – et plus nombreux – qu'eux.

Quatrièmement, la nouvelle génération arabe, plus urbaine, mieux éduquée, plus ambitieuse que la précédente, offre un spectacle que peu d'observateurs, obnubilés par les progrès de l'islamisme et du terrorisme, avaient daigné remarquer. Technologiquement habile, prompte à tirer parti de l'espace urbain, partisane de slogans universels (fin de la répression, départ des corrompus, dignité et respect), son succès à infléchir le cours de l'histoire a paradoxalement tenu à ce que les régimes la croyaient négligeable. Les yeux rivés sur Al-Qaida, personne n'a songé à suivre de près ce que faisait la nouvelle génération. Des trottoirs de Tunis aux places du Caire et aux ronds-points et rocades du Golfe, la jeunesse a transformé les villes arabes en machines à protester. Ce faisant, elle rappelle une vérité importante : le réseau social le plus efficace, celui qui favorise le plus les échanges, la communication et la révolte, ce n'est pas Facebook. C'est la ville.

Les révoltes arabes vont-elles conduire à de véritables changements ? La question agite toutes les têtes, de Washington au Caire et à Riyad. L'enjeu des protestations est la fin du népotisme et de la corruption, le démantèlement des systèmes de clientèle qui, autour d'une famille ou d'un clan, drainent les énergies, stérilisent l'économie, produisent exclusion et répression. Il a fallu attendre un siècle pour que la Révolution française porte des fruits durables et que les Français viennent à bout des blocages les plus révoltants de leur société. Il faudra certainement plusieurs décennies aux sociétés arabes pour remplacer le népotisme par la méritocratie, la corruption par l'égalité des chances, le monopole par la libre concurrence et l'autoritarisme par l'arbitrage pacifique. Une manière pour nous, Européens, d'aider à ce processus serait de faire comprendre aux dictatures arabes qu'elles ne bénéficient plus de l'amitié de Paris, de Londres et de Bruxelles. Les consommateurs que nous sommes pourraient aussi visiter plus souvent Le Caire, Tunis et Manama, et regarder d'un autre œil les commerçants, chauffeurs de taxi et autres badauds. Qui sait ? Il s'en trouvera peut-être un pour nous dire dans un grand sourire, songeant aux atermoiements de Paris face aux révoltes arabes : "Français, encore un effort si vous voulez être républicains !"

lundi 28 février 2011

REGARDER SVP ET FAITE PASSEZ C'EST UNE HONTE UN SCANDALE



En 2011 ils existent toujours ces fanatiques avec leurs croyances faites de souffrances pour la Femme !!
Je serai pour, qu'ils soient martyrisées autant !


Les salauds ont mis le feu à mon paradis



Ce pays est une fierté, c'est une révolte, c'est une révolution contre le dictateur, contre un régime de 23 ans de malheurs. Vive notre pays, vive la Tunisie, vive le peuple Tunisien. J'écris ces mots en pleurant oui en pleurant pour les martyrs de la liberté. Je pleure pour ces salauds qui veulent voler notre pays....

Les salauds ont mis le feu à mon paradis

Manifestations sanglantes au Maroc

Cinq cadavres calcinés ont été retrouvés dans une agence bancaire incendiée par des manifestants à Al Hoceima (nord-est du Maroc), et 128 personnes ont été blessées au Maroc au cours des manifestations de dimanche, dont 115 membres des forces de sécurité, a annoncé lundi matin à Rabat Taeib Cherqaoui, le ministre marocain de l’Intérieur.

Lors d’un point de presse, le ministre a indiqué que 53 manifestations avaient été organisées dans le royaume par le "Mouvement des jeunes du 20 Février". Elles ont rassemblé 37 000 participants, selon le ministre, un chiffre bien en deçà de celui annoncé par les organisateurs des manifestations.

Selon Taeib Cherqaoui, 33 établissements publics, 24 agences bancaires, 50 commerces et 66 voitures ont été endommagés par des "fauteurs de troubles", dont 120 ont été arrêtés par les forces de l’ordre et seront déférés devant la justice.

Le ministre a indiqué que dans la ville de Larache, le bâtiment abritant la douane a été saccagé et les assaillants ont pillé les drogues et les boissons alcoolisées qui avaient été saisies et stockées dans ce bâtiment.

Par AP et JPost.fr

vendredi 25 février 2011

Libye, Bahreïn : pourquoi l'effet domino touche les pays arabes riches

LEMONDE | 21.02.11 | 13h53 • Mis à jour le 23.02.11 | 11h20

Jamais deux sans trois. Après la Tunisie et l'Egypte, la Libye, Bahreïn, le Yémen s'embrasent à leur tour. Le fait nouveau est que la révolte arabe s'étend à des pays riches. La richesse par habitant à Bahreïn est identique à ce qu'elle est en France ! Mesurée par le produit intérieur brut (PIB), la richesse de la Libye dépasse celle de la Turquie, ou même de la Roumanie et du Brésil. La Libye est deux fois plus riche que la Tunisie.

Les exemples libyen, yéménite et du Bahreïn illustrent un effet domino qui fait basculer le monde arabe, et peut-être tout le monde arabo-musulman, dans une nouvelle période historique. Ce changement s'explique par le décalage grandissant, devenu insupportable, entre le développement économique qui conduit partout à un mode de vie inscrit dans la modernité, et le maintien de régimes politiques dépassés, le plus souvent incarnés par des chefs d'Etat vieillissants caractérisés par un incroyable immobilisme.

L'exemple le plus caricatural est celui de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis plus de quarante ans. A l'inverse de ses deux voisins, le régime politique libyen ne cherche pas à se présenter comme démocratique. Au lieu d'une élection de façade, c'est le principe même du suffrage universel qui est jusqu'à présent condamné. Au lieu de partis politiques servant d'alibis au parti unique en Tunisie et en Egypte, Kadhafi a annulé tout parti. La loi 71 punit de peine de mort tous ceux qui appelleraient à la constitution de groupements ou d'organisations interdites par la loi.

La société libyenne tout entière est enserrée dans les griffes des Comités révolutionnaires qui contrôlent le système, mais qui répondent en même temps aux besoins de cette société. Ce n'est pas seulement la force et la brutalité qui dirigent le pays. En cas de besoin - argent, logement, accès aux services publics -, les Comités révolutionnaires apportent des réponses à la population. Comme dans d'autres pays, le régime tient par l'existence d'un pacte social socialement partagé. La population bénéficie de l'extraordinaire rente pétrolière de la Libye, qui a permis d'incontestables progrès sociaux.

Très pauvre dans les années 1950, la Libye est le pays le plus riche de l'Afrique. Le pétrole a permis de développer l'éducation, le logement et la santé quasi gratuite pour tous. Du coup, la population libyenne est éduquée. Le statut des femmes est enviable avec une égalité de jure et de fait et l'interdiction de la polygamie. L'accès à Internet est limité mais l'ouverture au monde, et notamment aux voisins immédiats, est assurée par l'importante migration du travail.

La Libye a donc profondément changé. Education, accès à l'information, et surtout jeunesse d'une population touchée par le chômage à 30 %, ou qui trouve des pseudo-emplois dans une fonction publique plus ou moins inutile mais qui achète la paix sociale. Ce qui a changé est aussi l'accès à l'information. Al-Jazira, le téléphone portable, les réseaux sociaux constituent les éléments d'une e-révolution qui s'engage également en Libye. Le grand changement réside également dans la démographie : l'essentiel de la population est jeune et urbaine à plus de 80 %.

La révolte en Libye exprime donc la rupture du "pacte du livre vert", pour reprendre le titre du célèbre livre de Kadhafi qui a posé depuis plus de trente ans les bases idéologiques d'un régime original. Les symboles sont directement brûlés par les manifestants de Benghazi, le portrait de Kadhafi d'une part mais aussi les références à ce livre vert. L'exemple des deux voisins égyptien et tunisien fait le reste. Le monde arabe a pris conscience qu'il n'est pas nécessairement voué à des régimes archaïques et totalitaires, dirigés par des leaders appartenant à l'ère de la décolonisation. C'est la fin de l'exception arabe, celle qui voulait que des sociétés éduquées n'aient pas accès à la démocratie.

Jean-Yves Moisseron, économiste à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), rédacteur en chef adjoint de la revue "Maghreb-Machrek" Article paru dans l'édition du 22.02.11

En attendant le réveil du Sud

LEMONDE | 24.02.11 | 13h56

Cela va sans dire, mais mieux en le disant et, si besoin, en le répétant : la Tunisie, l'Egypte et la Libye sont situées au nord d'un continent nommé Afrique. La preuve en est que ces trois pays traversés par des "révolutions" sont membres de l'Union africaine (UA), organisation continentale actuellement désorientée au point qu'oubliant peut-être ces évidences géographiques, elle ne semble concernée que de loin par les mouvements en cours.

Le panafricanisme tomberait-il en panne aux premiers signes d'orage ? L'Union africaine aurait-elle oublié que Mouammar Kadhafi a assuré sa présidence tournante jusqu'à l'an passé, charmé à un point tel par cette fonction qu'il a pratiquement fallu la lui faire lâcher de force ? Celui qui s'était fait sacrer "Roi des rois africains" et nourrissait l'espoir fou de jouer de son influence sur 1 milliard d'Africains à coups de pétrodollars n'en est plus à ces considérations, il est vrai. Mais en quarante et une années de règne à Tripoli, combien de responsables africains, de chefs de guérillas diverses et variées a-t-il reçu sous la tente pour entendre leurs multiples demandes ?

Ce lourd silence aujourd'hui ne s'explique donc peut-être pas seulement par l'irritation suscitée par cette manie qu'a la jeunesse d'aimer les mêmes choses au même moment, à commencer par la contestation des pouvoirs. Il est vrai que l'Afrique a du souci à se faire de ce point de vue, car la mode va finir par prendre sous le Sahara. La première révolution avait eu lieu en Tunisie, pays du jasmin chéri des responsables politiques français à la mémoire sélective, et n'avait pas exacerbé les passions au sud de ce grand désert qui barre le continent. Mais l'Egypte et l'élan magnifique de la place Tahrir ont eu raison de la barrière de sable.

Les premiers à avoir tenté de se mettre dans le vent des révolutions auront été les opposants de Djibouti. Djibouti, où le président, Ismaël Omar Guelleh, vient de changer l'article de la Constitution limitant à deux le nombre des mandats présidentiels, ce qui lui permet de se présenter à l'élection d'avril. Djibouti, où dès le premier jour de manifestations, le 18 février, une vague d'arrestations a eu lieu au sein de l'opposition, dont les responsables ont été placés depuis en liberté provisoire mais n'en appellent pas moins à une nouvelle journée pour demander "un changement pacifique et démocratique" du pouvoir, "à l'instar de la Tunisie".

D'autres mouvements similaires tentent de s'allumer ailleurs. On annonçait pour le 21 février le lancement d'une "méga-révolution populaire non violente" dans deux autres pays où les processus électoraux ont rarement été considérés comme des modèles : le Gabon et le Cameroun. Le message avait été diffusé sur Facebook, les mots des révolutions du Maghreb-Machrek avaient été soigneusement recopiés. Dans les deux cas, il y a eu du retard à l'allumage.

Au Gabon, pour l'instant, circulent des "messages spontanés" émanant de plusieurs sources, et relayés sur Facebook, Twitter ou sur des sites Web (Alibendegage.com). "Les gens nous disent : "Nous en avons assez", mais quand il s'agit de passer à l'action, ils ne viennent pas, ils ont peur. Il faut juste qu'on trouve le déclic...", explique un responsable politique impliqué dans la contestation en cours, et qui redoute de se faire arrêter.

Le Gabon a aussi un point de résonance avec l'Egypte : le 25 janvier, date de la première manifestation au Caire place Tahrir, un ex-ministre de l'intérieur devenu opposant, André Mba Obame ("AMO"), annonçait la constitution de son propre gouvernement, affirmant avoir été lésé de sa victoire lors de l'élection présidentielle remportée par Ali Ben Bongo, son "ex-meilleur ami", fils du défunt président Bongo. Depuis, AMO vit réfugié dans l'enceinte du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avec vingt-deux autres personnes (le bureau politique de son mouvement et son gouvernement) à Libreville, où sa situation devient de plus en plus difficile. Les responsables des Nations unies, cédant aux pressions du gouvernement gabonais, tentent de couper les moyens de communication de leurs hôtes, d'empêcher l'arrivée du linge de rechange. En vain. Parallèlement, des procédures judiciaires sont engagées contre les principaux responsables du parti de M. Mba Obame, l'Union nationale. Sans le "déclic" précipitant tout le monde dans la rue, la réponse policière a des chances de fonctionner.

C'est au Zimbabwe que la répression anticipative a été menée le plus loin. Quarante-six personnes qui participaient à une réflexion sur le thème des "révolutions" en cours en Egypte et en Libye ont été arrêtées par la police et placées en détention dimanche. Parmi ces dernières se trouve un ex-député, Munyaradi Gwisai, dont la couleur politique n'est pas celle du président Robert Mugabe. Il aura été surpris d'apprendre qu'en rejoignant cette causerie, il participait à une tentative de "déstabilisation" du Zimbabwe, ainsi décrite par le porte-parole de la police, muet en revanche sur les exactions commises dans ses commissariats. Peut-être le choix de la date de cette réunion de conspirateurs manquait-elle de tact, tombant la veille de l'anniversaire de Robert Mugabe, qui fêtait dimanche ses 87 ans, dont trente, tout rond, au pouvoir. 2011, l'année des révolutions au nord du Sahara, sera-t-elle l'année du triomphe des dinosaures au sud ? Pour le savoir, il faut attendre les déclics.


jpremy@lemonde.fr

Jean-Philippe Rémy Article paru dans l'édition du 25.02.11