Nombre total de pages vues

mercredi 16 février 2011

Le bras de fer se poursuit à Bahreïn

LEMONDE.FR avec Reuters | 16.02.11 | 08h33 • Mis à jour le 16.02.11 | 17h29

Manifestants sur une place de Manama, dans la nuit du 15 au 16 février.

Le chef de l'opposition chiite à Bahreïn, cheikh Ali Salmane, a réclamé, mercredi 16 février, l'établissement d'une "monarchie constitutionnelle" où le premier ministre serait "élu par le peuple". Le chef de l'Association de l'entente nationale islamique – ou Al-Wifaq –, qui compte dix-huit élus à l'Assemblée de quarante sièges. Cheikh Salmane a cependant assuré qu'il ne réclamait pas "un Etat religieux" et qu'il n'y avait "pas de place à Bahreïn pour la wilayat al-Faqih" sur le modèle de l'Iran, où les religieux dirigent le pays.

Des milliers de Bahreïnis continuaient mercredi de manifester contre le gouvernement, au lendemain de la mort de deux manifestants dans ce petit Etat du Golfe à majorité chiite, gouverné par une dynastie sunnite. Des centaines de manifestants chiites se sont installés sous des tentes dans la nuit de mardi à mercredi à Manama, la capitale, pour exiger des changements dans le royaume dans le cadre d'une mobilisation inspirée par les révolutions en Tunisie et en Egypte.

Des obsèques sont prévues ce mercredi pour un homme tué mardi lors d'affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants. Ces heurts sont survenus à l'occasion des funérailles d'un jeune homme de 22 ans, lui-même tué la veille lors de précédents affrontements. A la tombée de la nuit mardi, le nombre de manifestants dans le campement, installé place de la Perle, rebaptisée "place Tahrir" (Libération), à l'instar de celle du Caire qui a été l'épicentre du soulèvement contre le président Hosni Moubarak, était tombé à environ un millier, contre deux mille un peu plus tôt, selon des témoins.

Certains protestataires pourraient reprendre le travail mercredi, alors que la journée de mardi était fériée pour célébrer l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet. Dans une allocution télévisée, le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa a présenté ses condoléances aux familles des deux victimes,"nos fils précieux"selon ses termes. Le ministre de l'intérieur, cheikh Rached ben Abdallah al-Khalifa, a, lui, présenté des excuses à la population pour ces morts et annoncé l'arrestation des responsables présumés de leur mort au sein de la police.

"TRÈS PRÉOCCUPÉS"

Le ministre de l'intérieur bahreïni a présenté des excuses après la mort de deux manifestants et annoncé l'arrestation des responsables présumés de leur mort au sein des forces de sécurité. Le ministre, le cheikh Rached Ben Abdallah Al-Khalifa, a souligné qu'il avait toujours appelé "les membres des forces de sécurité à faire preuve de retenue pour éviter de tels incidents regrettables".

Principal bloc d'opposition chiite, le Wifaq a répliqué aux dernières violences en boycottant les activités parlementaires, où il contrôle dix-huit des quarante élus à la Chambre basse. Il a annoncé la tenue de discussions avec le gouvernement ce mercredi. La principale revendication des manifestants est la démission du premier ministre, le cheikh Khalifa Ben Salman Al-Khalifa, qui gouverne le pays depuis son indépendance en 1971. Cet oncle du roi, grand propriétaire terrien, est perçu comme le symbole de la richesse de la famille régnante. Les protestataires exigent aussi la libération des prisonniers politiques, ce que le gouvernement a accepté, et l'adoption d'une nouvelle Constitution.

Les Etats-Unis se sont dits "très préoccupés" face aux violences qui secouent ce petit royaume du Golfe, où est basée la Ve flotte de l'US Navy, et ont appelé toutes les parties à la retenue. Le Bahreïn est aussi un important centre bancaire dans la région.