Un intime assure que Ben Ali convoque alors une nouvelle fois le chef d’état-major Rachid Ammar pour lui ordonner de faire cesser les émeutes par la force. Ammar s’y oppose de nouveau. Fou de rage, Ben Ali lui arrache ses galons et hurle : « Vous êtes viré ! » De Dubaï, Leila incite son mari à résister. Seriati le pousse à déguerpir : « Ils vont vous tuer ! » L’armée encercle le palais, face à la garde présidentielle. Ammar exige une nouvelle audience, Ben Ali finit par le laisser entrer. Le général prévient le président que l’armée va se retourner contre lui, instaurer un couvre-feu et fermer l’espace aérien. Il lui pose un ultimatum : « Vous avez l’après-midi pour partir. Après, je ne garantis rien. » Pris de panique, Ben Ali prend la fuite.
Le cortège présidentiel file si vite que la fille du dictateur, Halima, 18 ans, est oubliée. Une voiture revient la chercher. A 17 h 40, juste avant le coucher du soleil, le jet du président, nom de code « Oscar Oscar », décolle. Samedi 15 janvier, à 2 h 30, le Falcon dans lequel ont pris place Ben Ali, Leila, que l’on croyait encore à Dubaï et leur fils se pose à l’aéroport international King Abdulaziz, à Djedda, dans l’ouest de l’Arabie saoudite. Le pays accueille pour une « durée indéterminée » un réfugié politique et non un chef d’Etat. C’est la fin. Mais ce n’est pas seulement un homme qui quitte la scène politique. C’est un régime, un système aux mains d’un clan qui s’effondre.
Sidi Bou Saïd, les maisons sont blanches, et les volets, bleus comme les yeux de Moncef Cherif. Quand il parle, il saisit le bras de son interlocuteur. Sa famille a bâti Sidi Bou Saïd, joyau du littoral tunisien « que Dieu a dessiné au crayon ». Un cadeau du ciel sali par le mauvais goût et l’avidité de Leila Trabelsi, celle qu’on surnommait « la Lady Macbeth de Tunis », née le 20 juillet 1957, coiffeuse de profession. « On l’appelait aussi “Leila Gin” à cause de son penchant pour l’alcool », raconte Moncef. Deux hommes vont faciliter l’ascension de Leila Trabelsi. Le premier, Abdelwahab Abdallah, ancien professeur à l’université de droit de Caen, a été ministre de l’Information de Bourguiba. Il a déjà œuvré en coulisse pour Ben Ali en novembre 1987. Abdallah, porte-parole du gouvernement et ministre conseiller, crée l’Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE), bête noire des journalistes, et gagne le surnom de « Goebbels ».
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