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lundi 28 février 2011

Michèle Alliot-Marie quitte le gouvernement

Embourbée dans les polémiques, le ministres des Affaires étrangères a rénoncé à son poste.

Michèle Alliot-Marie quitte le gouvernement

Michèle Alliot-Marie quitte l'Élysée jeudi 24 février à l'issue d'une entrevue avec le chef de l'État Nicolas Sarkozy. © Patrick Kovarik / AFP

Le Point.fr

Son départ était annoncé, voire réclamé, depuis plusieurs jours, y compris dans les rangs de la majorité. Michèle Alliot-Marie a démissionné dimanche de son poste de ministre des Affaires étrangères et, du même coup, elle quitte le gouvernement. Sept longues semaines de polémiques auront eu raison de cette figure de la droite française au riche parcours politique.

Maire de Saint-Jean-de-Luz de 1992 à 2002, députée des Pyrénées-Atlantiques régulièrement réélue depuis 1986, MAM a tenu les rênes du RPR, principale force de la droite française, pendant plus de trois ans. Elle s'est aussi taillé très tôt un costume de ministre depuis ses premiers portefeuilles de secrétaire d'État à l'Enseignement (1986-1988) et de ministre de la Jeunesse et des Sports (1993-1995), elle a occupé l'ensemble des ministères régaliens depuis le ministère de la Défense (2002-04, 2004-05, 2005-07) au Quai d'Orsay (du 14 novembre 2010 au 27 février 2011) en passant par les ministères de l'Intérieur (mai 2007-juin 2009) et de la Justice (juin 2009-novembre 2010).

Une amitié embarrassante

Après ses vacances d'hiver dans la Tunisie de Ben Ali, MAM était devenue le visage d'une France, patrie des droits de l'homme, en complet décalage face au réveil du monde arabe où des peuples réclament plus de liberté et de démocratie. D'abord, le 11 janvier 2011, alors que les émeutes en Tunisie avaient déjà fait plusieurs dizaines de morts, Michèle Alliot-Marie déclarait à l'Assemblée nationale que les forces de sécurité françaises, dont "le savoir-faire est reconnu dans le monde entier", pourraient permettre de "régler des situations sécuritaires" comme celles rencontrées par le régime de Ben Ali. Le 14 janvier, le président tunisien quittait le pouvoir et fuyait son pays.

À peine plus de deux semaines plus tard, le 2 février, Le Canard enchaîné révélait qu'elle avait passé ses vacances de fin d'année en Tunisie en compagnie de son compagnon et de ses parents et qu'elle avait bénéficié du jet privé d'un homme d'affaires tunisien proche de Ben Ali, Aziz Miled. D'après MAM, cet ami qui se rendait à Tabarka "avait des places" disponibles. "Quand je suis ministre, je suis ministre. Quand je suis en vacances, je peux avoir des amis", rétorquait-elle sur les plateaux de télévision.

Le coup de fil à Ben Ali

Pourtant, le 6 février, l'affaire rebondit. Le Nouvel Observateur révèle que Michèle Alliot-Marie n'a pas seulement effectué un court trajet, mais qu'elle a aussi emprunté l'avion d'Aziz Miled pour une excursion dans le sud du pays.

REGARDEZ Michèle Alliot-Marie s'expliquer au micro d'Europe 1 le 7 février dernier :


Pour la gauche, il est désormais clair qu'elle a menti : elle doit donc démissionner. Ce sentiment est renforcé le 15 février au soir quand le site Mediapart révèle un nouveau détail embarrassant. MAM, qui a assuré n'avoir eu aucun "contact privilégié" avec le président Ben Ali pendant son séjour en Tunisie, lui a téléphoné.

Le lendemain, Le Canard enchaîné révèle que, pendant leur séjour tunisien, le père de Michèle Alliot-Marie a investi dans l'un des complexes immobiliers en cours de construction d'Aziz Miled. Le père de MAM : "C'est privé, et cela ne concerne en rien ma fille." Un mélange de genre insupportable pour l'opposition et quasi indéfendable pour la majorité UMP. Les fausses notes de Michèle Alliot-Marie étaient également devenues indéfendables pour Nicolas Sarkozy. Mais jusqu'au bout, elle aura cherché à conserver son portefeuille. En vain.