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mardi 18 janvier 2011

Tunisie. Des milliers à vouloir partir

L'aéroport de Tunis a été pris d'assaut hier matin par des milliers de candidats au départ. Parmi eux, de nombreux Français. Sur le port aussi les files d'attente s'allongent dans l'espoir de prendre un bateau. Témoignages.

De notre envoyé spécial. Pas de panique, ni vraiment de pagaille mais, jamais sans doute, l'aéroport de Tunis-Carthage n'avait connu pareille affluence. Du monde partout, des milliers de personnes qui n'ont qu'une hâte: quitter au plus vite la Tunisie. Comme ces employés du groupe Géant que l'on rencontre juste après leur descente du car qui les a conduits jusqu'à l'aéroport.

«On part par sécurité»

«On part par sécurité. C'est la société de mon mari qui souhaite que l'on s'en aille», explique une femme, les yeux rougis par la fatigue, visiblement à bout de nerfs. Toute la famille quitte la Tunisie. Elle résidait à la Marsa, ville à quelque 20 kilomètres de Tunis qui accueille de nombreux Européens et Français. «On a vécu des nuits d'angoisse, ça été terrible», raconte la femme. Mais elle n'en dira pas plus, son mari lui demande de se taire.

Le temps que ça se calme

Barbara et Ollivier s'en vont eux aussi. Avec leurs deux enfants. Direction Paris. Ils font la queue devant le comptoir d'enregistrement et commencent à s'impatienter voyant que rien ne bouge. Ils partent le temps que ça se calme. Eux aussi habitaient dans cette ville de la Marsa (le port en arabe). «Je me suis retrouvé nez à nez avec un homme armé d'une mitraillette. La nuit, on a dû se barricader. Il y a des pillards partout», raconte Olivier, un grand costaud. Comme la plupart des Français avec qui nous avons parlé, Barbara critique durement l'ambassade de France. «Vous pouvez l'écrire, l'ambassade est lamentable. Nous n'avons eu aucune consigne. On nous a dit de rester chez nous, c'est tout.» M'hamed, jeune Français d'origine tunisienne, rentre lui aussi chez lui, à Toulon. Il était venu en vacances à Bizerte, dans sa famille. «Il n'y a presque plus rien à manger, les magasins ont été brûlés». M'hamed raconte comment il a été arrêté et mis à genoux par des militaires alors qu'il était sorti après le couvre-feu. «En même temps, c'est normal, ils font leur boulot», lance-t-il. Des vacances dont il se souviendra.

La boule au ventre

D'autres ont fait le choix de partir par la mer. Un choix à vrai dire forcé, faute d'avoir pu obtenir un billet d'avion. Sur le port de Tunis, à la Goulette, où mouille le Danielle Casanova, ils sont plusieurs centaines à faire la queue dans le calme devant le comptoir. Valérie et Hervé étaient venus ici en vacances pour quelques jours. Ils ont un bébé de 18 mois et ne veulent pas prendre de risque. Arrivés mardi dernier, ils ont décidé de partir. «Chaque fois que l'on prenait la voiture, on avait la boule au ventre pour notre bébé. Plusieurs fois, il nous a servi de sésame. Et puis, de toute façon, on ne peut rien faire ici.» Mireille est elle aussi en attente d'un bateau pour Nice. «Mon mari préfère que je parte. Les enfants sont à un âge où ça peut les paniquer». Lui reste. Cadre à la banque africaine de développement il connaît la musique pour avoir travaillé en Côte d'Ivoire. Olivier, un collègue a lui aussi pas mal roulé sa bosse. Cette situation ne l'étonne guère. «Tour changement est problématique. On sort d'un État fort. Il va falloir quelques jours pour que l'ordre revienne». Mais personne ici ne sait combien de temps ça demandera.

  • Yvon Corre