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jeudi 10 février 2011

La tension monte entre Washington et son allié égyptien

Les États-Unis reprochent au Caire de ne pas avoir suffisamment engagé de réformes. Des déclarations perçues comme une ingérence.

La tension monte entre Washington et son allié égyptien

Au seizième jour de la mobilisation, l'Égypte accuse son allié américain d'ingérence. © Jim Watson / AFP

Le Point.fr - Publié le 10/02/2011 à 07:29 - Modifié le 10/02/2011 à 07:40

Le ton montait mercredi entre Washington et Le Caire, la Maison-Blanche estimant que les changements engagés par le pouvoir égyptien restaient insuffisants, tandis que le chef de la diplomatie égyptienne accusait les Américains de vouloir "imposer" leur volonté à son pays.

Au seizième jour d'une révolte sans précédent contre le régime de son allié Hosni Moubarak, Washington a dû se défendre de toute ingérence dans les affaires de l'Égypte, mais en réclamant de nouveau des réformes qui satisfassent les manifestants de la place Tahrir. "À l'évidence, ce que le gouvernement a mis sur la table jusqu'à présent n'a pas répondu au seuil minimum de ce qui est exigé par les Égyptiens", a observé devant la presse le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs.

Mise en garde

Gibbs s'en est pris particulièrement au vice-président égyptien Omar Souleimane, chargé par Moubarak de négocier une transition politique avec l'opposition. "Son processus de transition ne semble pas correspondre à ce qu'attendent les Égyptiens. Nous pensons qu'il faut faire davantage", a ajouté le porte-parole de Barack Obama, mettant en garde contre une nouvelle flambée de protestation en Égypte si le pouvoir ne cède pas suffisamment de terrain.

Mais le régime égyptien a laissé percer sa mauvaise humeur à l'égard des pressions de Washington. "Lorsque vous parlez de changements prompts et immédiats à un grand pays comme l'Égypte, avec lequel vous avez toujours maintenu les meilleures relations, vous lui imposez votre volonté", a dénoncé le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, dans un entretien à la chaîne de télévision américaine PBS. "Nous sommes déjà en train de changer", a-t-il ajouté évoquant les discussions engagées par le pouvoir égyptien avec les contestataires. Gheit a, par ailleurs, prévenu que "l'armée interviendrait en cas de chaos pour reprendre les choses en main", selon des propos rapportés par l'agence officielle Mena.

Interrogé sur ces déclarations, le porte-parole du département d'État américain, Philip Crowley, a encouragé l'armée égyptienne à "continuer à faire preuve de la même modération dont elle a fait preuve au cours des derniers jours".

État d'urgence

Mardi, le vice-président américain Joe Biden a téléphoné à Omar Souleimane pour lui réclamer la fin immédiate de l'état d'urgence, en vigueur depuis le début de la présidence de Hosni Moubarak il y a près de trente ans. Sur PBS, Ahmed Aboul Gheit s'est dit "vraiment stupéfait" de cette demande : "Au moment où nous parlons, il y a 17 000 prisonniers en liberté dans les rues, parce que les prisons ont été détruites. Comment pouvez-vous me demander d'abolir l'état d'urgence alors que je suis en difficulté ?" Le ministre des Affaires étrangères a confié qu'il avait été "souvent furieux, en colère" à l'égard de la réaction américaine lors des premières manifestations au Caire, même si les relations s'étaient depuis apaisées, Washington ayant, selon lui, mieux compris la position des autorités du Caire.

Interrogé sur les propos du ministre égyptien, le porte-parole du département d'État, Philip Crowley, a assuré que Washington ne cherchait pas "à dicter quoi que ce soit". Il s'est défendu que l'appel à lever immédiatement l'état d'urgence relève d'une "ingérence" et a souligné que la solution à la crise devrait être trouvée par les Égyptiens eux-mêmes. "Mais il est important que ce que fait (le pouvoir égyptien) soit jugé crédible par les Égyptiens", a-t-il dit.

Source AFP