Au moins cinq personnes sont décédées, mercredi, après des heurts entre manifestants et forces de l'ordre dans le sud du pays.
Les manifestants ont encerclé, mercredi, le Parlement égyptien. © Mohammed Abou Zaïd / AP/Sipa
Le Point.fr - Publié le 09/02/2011 à 16:05 - Modifié le 10/02/2011 à 10:37
Les manifestants ont continué de défier, mercredi, le président Hosni Moubarak en encerclant le Parlement et le siège du gouvernement au Caire, en dépit des mises en garde du régime qui les accuse de risquer de faire basculer l'Égypte dans le chaos. Ce 16e jour de la révolte en Égypte a été endeuillé par la mort d'au moins cinq personnes lors de manifestations dans le sud, durant lesquelles une centaine d'autres ont été blessées. À la contestation politique se sont ajoutés plusieurs mouvements sociaux portant sur les salaires ou les conditions de travail, dans les arsenaux de Port-Saïd (nord-est), dans plusieurs sociétés privées travaillant sur le canal de Suez (est) ou encore à l'aéroport du Caire.
Le vice-président Omar Souleimane a assuré, mardi soir, que Hosni Moubarak était en faveur d'une "passation du pouvoir", à travers le dialogue engagé avec l'opposition, mais a réaffirmé qu'une fin immédiate du régime "signifierait le chaos".
Le Parlement encerclé
Malgré tout, au Caire, sur la place Tahrir, rond-point devenu symbole du mouvement de contestation déclenché le 25 janvier, des dizaines de milliers de protestataires étaient rassemblés pour réclamer le départ du chef de l'État, qui a gouverné l'Égypte d'une main de fer pendant près de 30 ans. "Je n'ai pas peur, j'ai déjà vu la mort", a assuré Ahmad Talal, un étudiant de 25 ans, parmi une foule dense agitant des drapeaux égyptiens. "Je ne crains pas les paroles ou menaces d'Omar Souleimane et de son gouvernement, parce que nous sommes là pour gagner notre liberté et celle de notre pays." "C'est de la manipulation, mais nous ne sommes pas menacés", a renchéri Neven al-Sergany, enseignante de 44 ans.
Non loin de là, des centaines de personnes ont encerclé le Parlement et le siège du gouvernement, situés l'un en face de l'autre. Les deux bâtiments étaient protégés par des blindés et le Conseil des ministres a dû se tenir dans un autre lieu. "Nous sommes venus pour empêcher les membres du PND (parti de Hosni Moubarak, ndlr) d'entrer. Nous resterons jusqu'à ce que nos demandes soient satisfaites ou nous mourrons ici", a déclaré un autre manifestant, Mohammed Abdallah, 25 ans. Parallèlement, la plupart des commerces ont rouvert, alors que le couvre-feu reste en vigueur dans la capitale, à Alexandrie (nord) et Suez (est) de 20 heures (19 heures, heure de Paris) à 6 heures (4 heures, heure de Paris).
Morts dans le sud du pays
La mobilisation a aussi touché le sud de l'Égypte : des manifestations mardi à El Kharga, à 400 kilomètres au sud de la capitale, lors desquelles la police a utilisé des balles réelles pour disperser les protestataires, ont fait une centaine de blessés, dont trois ont succombé mercredi, selon un responsable. Une foule en colère a réagi à ces morts en mettant le feu à sept bâtiments officiels, dont deux commissariats, un tribunal et le siège local du parti au pouvoir.
Les manifestants anti-gouvernementaux au Caire ont été galvanisés par la foule monstre rassemblée la veille place Tahrir, où, selon des photographes de l'AFP, le nombre des protestataires a été le plus important depuis le début de la contestation. Les mesures d'apaisement annoncées par le régime d'Hosni Moubarak ces derniers jours n'ont pas satisfait ses détracteurs.
Hosni Moubarak, 82 ans, a formé mardi une commission pour amender la Constitution, notamment les articles contestés par l'opposition et liés au mandat présidentiel et aux conditions très restrictives de candidature. Il a déjà annoncé, le 1er février, qu'il s'effacerait à la fin de son mandat, en septembre, mais les manifestants veulent le voir partir immédiatement. Membre de la contestation, la confrérie islamiste des Frères musulmans, principale force d'opposition qui participe au dialogue, a réaffirmé qu'elle ne recherchait pas le pouvoir, alors que beaucoup, en particulier en Occident, redoutent l'émergence d'une Égypte islamiste. Ce risque "n'existe pas", a estimé le chef de la Ligue arabe, l'Égyptien Amr Moussa, assurant que la "révolution" n'allait pas faiblir. Amr Moussa n'avait pas exclu sa candidature à la présidence.
Les Palestiniens refoulés
Entre-temps, la pression internationale pour une transition du pouvoir continue, même si Omar Souleimane a rejeté les "ingérences étrangères" en estimant qu'elles étaient "plutôt une invitation à davantage de chaos". Les États-Unis ont souhaité des réformes "irréversibles", au moment où des rassemblements de soutien au peuple égyptien ont lieu dans le monde arabe.
Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme. Des heurts entre policiers et manifestants les premiers jours, puis entre pro et anti-Moubarak le 2 février, ont cependant fait près de 300 morts, selon l'ONU et Human Rights Watch, ainsi que des milliers de blessés.
Malgré l'absence de toute explication, les services d'immigration ont reçu la consigne de ne pas laisser entrer les Palestiniens en Égypte. Douze ont déjà été refoulés à l'aéroport du Caire. Enfin, le satellite Nilesat, qui relève du gouvernement, a rétabli la diffusion de la chaîne Al Jazeera, qui couvre largement le soulèvement anti-Moubarak après une suspension de onze jours.
Source AFP