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lundi 21 mars 2011

Lettre ouverte au Grand Rabbin de France

Par Arielle Lewitt pour Guysen International News - Dimanche 20 mars 2011 à 16:09

DR 2011

Monsieur le Grand Rabbin de France,
énoncer que votre interview dans Le Monde daté du 20 mars 2011, appelle le débat est une litote, un «understatement», comme on dit en anglais! Elle appelle le débat, et plus que le débat, le désaccord.

Certes, vous rappelez des vérités, par exemple que le Juifs prient chaque samedi (et non pas « shabbat » ?) pour la République Française, ou que notre calendrier est « prétendument laïque », car calé sur les fêtes chrétiennes », etc … Ceci est exact, et il est « bon » en effet de le rappeler.

Ce qui peut étonner, c’est le moins qu’on puisse dire, c’est votre posture, qui pose la question de « la place des Juifs et des Musulmans dans la société française». Sachez que je ne me reconnais pas dans ce discours, et que nombre de mes « coreligionnaires » sont, comme moi, très mal à l’aise.

Pourquoi diable mettez-vous ainsi les Juifs et les Musulmans sur le même plan, et surtout en cette période où ces derniers sont attaqués pour non-laïcité ?

Pourquoi diable parlez- vous « au nom » des Juifs et des Musulmans ?

Pourquoi vous mettez-vous A LEUR PLACE pour affirmer qu’il est « souvent difficile d’être musulman en France » ?

Pourquoi diable réduisez-vous le judaïsme à une « religion » ? Est-ce parce que votre légitimité pour vous exprimer provient de la définition du « poste » de Grand Rabbin comme « chef » d’une « religion » ?

Permettez-moi de rappeler que ce mot « simple » de « religion » ne convient pas totalement ou si peu, au judaïsme ! Ce n’est pas à vous que je vais redire l’essentiel, ce qui fait la beauté du judaïsme: ce qui est demandé à l’être humain Juif, c’est, certes, d’observer les commandements que Dieu nous donne.

C’est surtout d’étudier, de comprendre, pour se rapprocher de Dieu, c’est de diffuser le message universel que contient la Bible, que nous étudions précisément dans son texte originel, depuis plusieurs millénaires avec une constance absolue.

C’est de conserver l’esprit ouvert, critique, de surtout veiller à ne jamais tomber dans le dogmatisme, dans la fermeture à l’autre. C’est dire tout ce que nous avons à offrir à l’humanité, et d’envisager ce que, nous, Juifs de France, attendons de vous, Monsieur le Grand Rabbin.

Il n’est pas de mon propos ici d’expliciter les différences entre la « religion juive » et la « religion musulmane » ? ni de rappeler le rôle qu’y joue la femme vu avec chacun des prismes, ni le piédestal sur lequel nous la plaçons.

Je vais en revanche rappeler nos valeurs, notamment notre rejet de la violence, l’importance sacrée de la vie de tout être humain, qui nous autorise à transgresser même le shabbat, la souplesse qui caractérise notre adaptation dans le pays dans lequel nous vivons, notre volonté de bonne intelligence, de contribution harmonieuse et en douceur à notre société, notre travail acharné pour réussir paisiblement nos études et notre vie professionnelle.
Vous n’êtes pas sans mesurer l’impact politique de votre interview en première page du Monde : vous êtes sorti d’un silence de longue durée depuis votre élection pour prendre une prise de position politique tonitruante, que nombre de nos « coreligionnaires » récusent : mettre sur le même plan les Juifs et les Musulmans.
Faut-il vous rappeler que NOUS NE REVNDIQUONS PAS la même place, que NOUS sommes Intégrés, parfois même « assimilés », en France, depuis plus de deux siècles?
Que nos penseurs ont un rayonnement sur la société française en termes d’éclairage, d’universalité (cf leurs interventions sur la scène publique concernant le Kosovo, la Lybie etc..) ?
Que nous ne sommes PAS prosélytes, que nos femmes sont libres et égales des hommes, que nous ne cherchons pas à contraindre la France à adopter nos coutumes et nos lois?
Au contraire, nous nous sommes toujours « calés », comme vous dites, sur la loi et la culture de la France, avec douceur et diplomatie.
Faut-il vous rappeler que nous nous situons dans une période où les tensions sont exacerbées ?
Votre posture est d’autant plus maladroite qu’elle incite les lecteurs de cet article à regarder « d’un même oeil » les Juifs et les Musulmans.
Elle risque de reporter sur les Juifs les mêmes sentiments négatifs que certains Musulmans provoquent parfois chez nos concitoyens.
Est-ce protéger les Juifs de France que de parler ainsi, Monsieur le Grand Rabbin, élu par vos pairs de toutes les régions de France ?
J’eusse aimé que vos déclarations soient précédées d’un débat « interne » et soient issues d’un « consensus » sur l’opportunité de les exprimer. Notamment en période pré-électorale, où le Front National se développe allègrement.
Pourquoi diable affirmez-vous qu’il n’y a « aucune contradiction entre la laïcité et pratique d’une religion » ? Monsieur le Grand Rabbin de France, ceci est, oui, certes vrai pour le judaïsme, nous l’avons assez démontré, nous qui revendiquons la laïcité pour notre pays.

Mais pourquoi diable affirmez-vous que c’est vrai pour l’islam ? Seriez-vous le porte-voix de l’islam de France ?
Alors que manifestement ceci fait vraiment débat, et même fureur dans la société mondiale et pas seulement française. Alors que tous les pays d’Europe, précisément, discutent ce point précis ? C’est peu de dire que le débat n’est pas tranché, et que votre position est controversée.
En posant publiquement la question de la place des Juifs et des Musulmans en France, alors que nos ennemis n’ont pas encore voulu ni osé le faire, vous légitimez leur questionnement.
Notre place n’est-elle pas bien établie ? Pourquoi faudrait-il la traiter comme celle d’autres, quels qu’ils soient ?
Faut-il que nos représentants sur la place publique ouvrent cette boîte de Pandore ?
Enfin, Monsieur le Grand Rabbin, votre affirmation relève d’un politiquement correct discutable.
Moralement, vous voulez faire preuve de « bonté » (de « hessed ») vis-à-vis de nos « cousins » d’une autre « religion », en affirmant qu’il est « souvent difficile d’ETRE musulman en France ».
C’est « bien », à priori, la bonté ! Mais faut-il rappeler, à vous, grand érudit, que nos sages mettent justement en garde contre « l’excès de hessed », car il peut conduire au pire mal et aux malheurs extrêmes ?
Je ne peux que vous engager, vous, « Grand Rabbin de France », qui avez fait un pas, tellement généreux et non sollicité, vis-à-vis de l’islam Français, à attendre que vos « homologues », « Grands Imams de France », fassent maintenant un premier pas vers vous, afin d’en faire un second vous-même.



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